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Crise financière : pour une réhabilitation de l’Etat Il n’était pas nécessaire que la crise financière éclate pour comprendre qu’une époque se termine. Depuis le début des années quatre-vingt, nos sociétés se voyaient exposées à un véritable lavage de cerveau tellement le slogan « plus de marché, moins d’Etat » a occupé l’avant-scène des débats publics. Il était largement médiatisé et s’exprimait par une grande variété, allant de la privatisation, de la déréglementation à la baisse des impôts. La politique économique a pris une tournure révisionniste contraire aux valeurs de notre économie basée sur la négociation et le respect mutuel des partenaires sociaux. Malgré le fait que le Parti socialiste a accepté depuis longtemps les valeurs d’une économie de marché et qu’il a toujours insisté sur leur cadrage social, il a été accusé d’être rétrograde et de vénérer une conception vieillotte de l’Etat. Cette propagande avait comme objectif de transférer des compétences de la régulation publique vers l’économie privée qui fonctionne souvent en oligopole. Ce transfert a donc renforcé des pouvoirs de marché synonymes d’importants profits. Dans le domaine financier, la concentration bancaire a réussi à changer le référentiel de la rémunération du capital allant du taux d’intérêt servi sur des emprunts publics vers le taux pratiqué sur des emprunts interbancaires. Le pouvoir régulateur de l’Etat se trouve réduit, et le pouvoir de manipulation de l’économie privée renforcée. Or, dans la crise actuelle, les banques ne se font plus confiance entre elles. D’une crise immobilière américaine, nous avons passé, en peu de mois, à une crise du système financier tout entier. À la même occasion, le slogan « plus de marché, moins d’Etat » s’est transformé aussi rapidement en son contraire. Pour le Parti socialiste genevois, ces revirements abrupts sont l’occasion de rappeler, deux semaines avant l’élection de l’Assemblée constituante, quelques principes qui était toujours les siens : - Le marché autorégulateur n’existe pas. Tous les marchés sont régulés, sans aucune exception. - Le marché à lui seul n’assure pas la cohésion sociale, car son fonctionnement donne lieu à un conflit entre l’efficacité économique et l’équité sociale. Il ne peut donc être l’unique forme de notre organisation économique. Le marché a sa place, mais doit être mis à sa place. L’économie publique et le bénévolat sont tout aussi indispensables. - Le marché est myope par rapport à la pollution. Il doit être régulé par une politique environnementale active. Ces principes signifient dans le contexte genevois : - La promotion d’une économie diversifiée conduisant à un rééquilibrage entre l’hypotrophie financière actuelle et l’économie réelle. - La promotion de la politique sociale au nom de la solidarité et non pas soumises aux seuls impératifs économiques. - La mise en place d’une politique économique rendant le concept de développement durable vraiment opérationnel. - L’élection des membres de la Constituante respectant ces principes. Béat Burgenmeier
Professeur à l’Université
de Genève |
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Beat Bürgenmeier est Professeur ordinaire d’économie politique à l’Université de Genève depuis 1982. Il préside actuellement le Fonds général pour la recherche de son Université et a été antérieurement, doyen de la Faculté des sciences économiques et sociales. D’origine bâloise, marié et père de deux enfants, il a travaillé comme employé de commerce chez Geigy SA, avant d’entrer à l’Université. Il a fait des études en tant que stagiaire et étudiant à Paris, Birmingham, Genève et Boston. Ses recherches portent sur la socio-économie, notamment dans le domaine de la protection de l’environnement. Il est président du comité scientifique de Fondaterra, fondation européenne pour des territoires durables et président du conseil de l’Association allemande des professionnels de l’environnement. Il participe en tant que membre au Conseil consultatif pour des investissements socialement responsables de DEXIA SA, au comité scientifique du programme «Gestion et impacts du changement climatique» (GICC2) du Ministère français de l’Ecologie et du Développement Durable et à la commission fédérale pour la recherche environnementale. Enfin, il est expert de plusieurs organismes et de journaux scientifiques. Il a notamment publié en 2008 Economie du Développement Durable (troisième édition), en 2007 Economie aux frontières de la nature et en 2006 Analyse et Politique Economiques (sixième édition). |
| Pourquoi je m'engage dans la Constituante |
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L’invitation à déposer ma candidature que le Parti socialiste m’a adressée, m’honore et je l’ai acceptée avec plaisir. Depuis des années, j’enseigne l’économie en insistant sur le fait qu’elle ne peut être comprise qu’en relation avec le social. En effet, le lien entre l’efficacité économique et l’équité sociale est étroit, et seule une interprétation néolibérale a tenté de nier ce lien, avec les conséquences néfastes que nous observons depuis des années pour la cohésion et la solidarité sociales. Ma candidature est donc motivée par ma volonté de contribuer à une constitution mettant pleinement en valeur ce lien et qui contienne une référence explicite au concept de développement durable. Ce concept est interprété de différentes manières. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) le remplace systématiquement par celui de la croissance durable. Or, ce remplacement n’est pas anodin sur le plan des idées, car il ne tient pas compte de la dimension sociale pourtant au coeur même du projet socialiste. |